Pour célébrer le 10e épisode du podcast Strive, j’ai publié un épisode prolongé consacré à une cyberattaque réelle, qui illustre certains des sujets que j’ai abordés dans les épisodes précédents.
J’ai personnellement enquêté sur cette attaque lorsque je travaillais dans le domaine de la criminalistique et de la modélisation des attaques, avant de rejoindre Commvault. Les noms des entreprises ont été anonymisés ici pour des raisons évidentes, mais cet exemple vous permettra de mieux comprendre comment se déroule une violation dans la réalité.
Un attaquant interne
Cette intrusion a commencé lorsque l’équipe informatique a remarqué une activité inhabituelle sur le réseau. Tout a commencé par quelques alertes émises par un système de détection d’intrusion, signalant des anomalies potentielles sur le réseau. Au début, cela semblait être une fausse alerte. Mais à mesure que les alertes se multipliaient, l’équipe s’est rendu compte qu’elle était confrontée à un problème un peu plus grave.
Les alertes observées par l’équipe informatique constituaient, dans ce cas précis, un exemple d’intervention trop tardive et insuffisante. L’activité en question correspondait à un trafic réseau généré par des cybercriminels qui communiquaient déjà avec leurs logiciels malveillants par le biais de commandes et de contrôles, parfois appelés C2.
Les pirates avaient en réalité lancé leur campagne contre cette organisation environ trois mois auparavant, à l’aide d’e-mails de hameçonnage conçus pour ressembler à des communications internes légitimes.
Et c’est bien sûr tout ce qu’il a fallu : qu’un seul employé clique sur le lien malveillant intégré. Un cheval de Troie d’accès à distance, ou RAT, a permis aux pirates de s’implanter dans le réseau de l’entreprise, et la phase de préparation de l’attaque était terminée.
Ensuite, à l’aide d’un outil appelé Mimikatz, les cybercriminels ont extrait les identifiants de la mémoire système, obtenant ainsi un accès administrateur au réseau de l’entreprise. Ils pouvaient désormais se déplacer latéralement à travers le réseau, en exploitant d’autres vulnérabilités dans les systèmes non corrigés pour renforcer leur emprise sur le réseau.
Ils ont ensuite commencé à exécuter à distance diverses commandes sur plusieurs machines et serveurs du parc informatique, afin de préparer davantage de rançongiciels.
Une fois qu’ils ont eu le contrôle total et rassemblé toutes les informations nécessaires sur l’organisation ciblée – ce qui a nécessité environ trois mois de reconnaissance dans ce cas précis –, les pirates ont déployé un ransomware sous le nom de Ryuk, réputé pour sa capacité à chiffrer très rapidement des réseaux entiers.
L’impact de l’attaque a été immédiat et dévastateur. Les applications métier critiques ont été paralysées en quelques minutes. L’organisation n’a plus pu accéder à des données critiques telles que les systèmes essentiels, les informations clients, les dossiers financiers et les documents internes.
Les pirates ont ensuite laissé une demande de rançon, exigeant une somme considérable en bitcoins pour déchiffrer les données. Face à cette situation, l’entreprise a déclenché son plan d’intervention en cas d’incident. Elle a commencé à isoler les systèmes touchés afin d’empêcher toute propagation du ransomware Ryuk, et a fait appel à des experts en cybersécurité pour mener une enquête approfondie.
L’entreprise visée a décidé de NE PAS payer la rançon et de s’appuyer plutôt sur ses sauvegardes système et ses techniques de Recovery. Le processus de Recovery s’est avéré complexe et fastidieux. L’organisation a dû reconstruire une grande partie de son infrastructure informatique, pratiquement à partir du matériel.
Étapes fondamentales vers la remise en état
La première mesure prise par l’organisation a été le confinement, c’est-à-dire l’isolation des systèmes infectés afin d’empêcher la propagation du ransomware. Vint ensuite l’éradication, qui consistait à supprimer les logiciels malveillants et à nettoyer le réseau autant que possible à l’aide d’outils anti-malware avancés.
Après plusieurs jours consacrés à la maîtrise et à l’éradication du virus, le processus de restauration a enfin pu commencer. Malheureusement, certaines sauvegardes critiques ont été compromises par le rançongiciel. Et le processus de restauration s’est avéré extrêmement lent.
Il a fallu huit jours pour déterminer où se trouvaient les derniers points de restauration intacts pour la plupart des applications métier critiques. De nombreuses données récentes ont été perdues, et l’entreprise était au bord de la faillite lorsque les systèmes critiques ont enfin pu être entièrement restaurés.
Une fois les systèmes critiques remis en service, un processus de surveillance rigoureux a été mis en place. Il a fallu mettre en œuvre des solutions de surveillance améliorées afin de tenter de lutter contre tout signe d’activité malveillante résiduelle.
Tout cela s’est appuyé sur une communication approfondie avec les parties prenantes internes et externes concernant la violation elle-même et les mesures prises pour en atténuer les effets.
Leçons tirées de cette violation
Cet incident met en évidence plusieurs enseignements essentiels pour les organisations de toutes tailles :
Tout d’abord, il est essentiel de former régulièrement les employés à la cybersécurité. Un certain scepticisme à l’égard des e-mails et des tentatives de hameçonnage aurait pu empêcher la première intrusion, survenue trois mois avant l’apparition de l’indicateur de compromission.
Il est absolument essentiel de disposer de sauvegardes à jour, stockées hors ligne, immuables et inviolables. Et bien sûr, des tests réguliers de ces sauvegardes auraient permis, dans ce cas précis, de s’assurer qu’on pouvait compter sur elles en cas d’urgence. Des tests réguliers de restauration en salle blanche auraient permis à cette organisation de gagner un temps considérable lors de la reprise après sinistre.
La mise en place d’une authentification multifactorielle aurait considérablement réduit les risques liés au vol d’identifiants que nous avons constaté.
L’utilisation de techniques avancées de détection des menaces et des anomalies aurait pu aider à identifier rapidement les menaces et à les atténuer en temps quasi réel.
Le rétablissement complet de l’organisation a pris plusieurs mois, pendant lesquels elle a fonctionné à une capacité considérablement réduite. Le coût financier a été immense, non seulement en termes de frais de rétablissement, mais aussi en termes de perte d’activité et d’atteinte à la réputation.
Cette attaque nous rappelle brutalement les menaces omniprésentes qui pèsent sur toutes nos entreprises et la nécessité d’être vigilant et préparé. Les cybercriminels font constamment évoluer leurs tactiques, et nous devons garder une longueur d’avance pour protéger nos entreprises et nos données. Découvrez l’épisode complet ici.